9 mois de chômage : un bilan mitigé

9 mois de chômage : un bilan mitigé

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Chômeur de longue durée sur un canapé

Je suis au chômage. Ca fait 9 mois. C’est bien mais c’est long. Analyse d’un bilan mitigé.

Anonymat oblige, je vous passe les détails de la nature de mes recherches et de mon milieu professionnel. Sachez simplement que je suis diplômé, que j’ai quelques années d’expérience, que j’ai moins de 30 ans mais plus de 25, et que comme beaucoup de gens de ma génération, il me semble absurde d’aller retourner des steaks au Mac Do (ou pire, au Quick) alors que je sais réparer des satellites, mais que, résigné, c’est ce que je finirai probablement par faire.

Je pourrais vous parler de l’absurdité de se battre pour absolument retrouver des collègues débiles, un patron con et égotique, des conditions de travail borderline, connaître à nouveau les joies du transport en commun quotidien, des heures supplémentaires non-payées et des clients vociférants. Mais nous ne sommes pas là pour ça. Il existe d’autres sites pour ça.
Quand vous aurez atteint votre but, vous aurez tout le temps de vous remettre à chercher des excuses pour ne pas aller bosser.

Amateurs de la glande et du non-respect de soi-même, ci-gisent quelques pros and cons du chômage à moyenne durée en France (cette dernière précision est importante, ça ne se passerait probablement pas comme ça partout, nous y reviendrons).

Le loyer

Premier problème auquel vous serez probablement confronté, en fonction de votre vie familiale et amoureuse (la mienne est aussi sèche que la gorge de Renaud entre le moment où il se réveille et son Russian coffee du matin, soit 5 min plus tard) et de la quantité et de l’étendu de vos droits (les miens, ça va : ils couvrent grosso merdo la consommation de Russian coffee de Renaud en 1 semaine) : dois-je garder mon appart ou pas ?
Si vous habitez à Paris, la réponse va fuser : non.
Si vous habitez ailleurs, la réponse sera : peut-être.
Dans la possibilité du départ, vous pouvez envisager comme moi le retour chez papa-maman. C’est gratuit, mais ça implique une collaboration d’un genre nouveau : celle d’adulte à adulte. À vous de gérer.

Renaud, chanteur alcoolique ?

Sinon, les possibilités restantes sont :
la construction d’une cabane en draps et couvertures dans le jardin de Mamie
faire croire à un investissement au sein de la Nuit debout locale pour bénéficier des abris proposés aux véritables camarades (attention à l’odeur)
creuser un terrier
l’achat d’un van avec vos économies (pas de Wifi mais plus mobile !)
Liste non-exhaustive (la flemme).

La pression sociale

Ce qui est dur, dans le chômage, c’est pas le chômage. C’est la pression de votre entourage qui s’inquiète.
“Alors, tu en es où ?”
“T’as eu des entretiens ?”
“Tu cherches au moins ?!”
“T’as des projets ?”
“Tiens, on a vu au 13h de Jean-Pierre Pernaut que la boîte de moulage en plâtre du coin embauchait, tu devrais faire ça !’”

Voilà les phrases auxquelles vous devez vous habituer dès le début de vos recherches.
C’est la plus grande difficulté à laquelle vous serez confronté. Même si vous-même vivez bien la situation, même si vous êtes un maître en relativisation et en prise de recul, même si vous avez réglé les problèmes financiers et immobiliers immédiats et que vous êtes à jour sur les papiers avec votre ami Paul Emploi, il restera toujours l’entourage.
L’entourage qui, de manière amicale, sans vouloir faire du mal, vous en fera pourtant énormément. Il faut lutter quand, pour la 12ème fois du mois alors qu’on est seulement le 7 et que Papi vous interroge sur l’état de vos recherches alors qu’il n’y bite rien et qu’il n’a jamais eu à chercher un travail de sa vie, l’envie vous monte de lui enfoncer ses bretelles entre les sphincters.

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Aussi, dès le début, mettez les choses au clair avec votre entourage, famille et amis : le chômage, c’est une période, ça durera le temps que ça durera. Précisez que vous n’êtes malheureux, que de toute façon vous vivez mieux la situation maintenant qu’entouré du tas de connards qui vous servaient précédemment de collègues.

En fonction du taux de réception de votre cercle de proches, vous pouvez être encore plus clair : “Pas de question, t’auras des nouvelles de ma vie professionnelle quand j’en aurais à te donner.” (ajoutez intérieurement : “Soit : pas tout de suite.”)

Quant à Papi, il faudra malheureusement se le fader. Bonne chance.

L’impuissance

Çà sera votre deuxième plus grand ennemi. Pour être un chômeur (modérément) motivé, il faut postuler. Or, le peu de réponse à vos candidatures fera qu’il faudra aller chercher la motivation pour écrire une 173ème lettre de motivation.
Vous serez impuissant face au fait de recevoir une réponse, aux candidats qui postulent face à vous (quantité et qualité de leur expérience par rapport à la vôtre), à l’humeur du RH qui ouvrira votre CV, aux entreprises abusives dans leurs méthodes de recrutement (54 entretiens, 18 tests, 0 feedback, 0 embauche).

Anecdote réelle : une entreprise dans laquelle j’avais postulé m’a envoyé un mail de refus expliquant texto que “j’étais compétent pour le poste, mais que d’autres candidats étaient surqualifiés”. L’impuissance, vous dis-je.

Face à cet état de fait, il vous faudra vous armer de patience, de courage et de volonté.
Il faudra également s’accorder de longues pauses entre chaque session de recherche pour éviter de tout envoyer valdinguer. 2 semaines semblent être un minimum.

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La glande tous frais payés

ALLONS ENFANTS DE LA PATRIIIEUUU.

Ici, c’est la France. Notre formidable et endetté système social permet aux individus s’étant séparé de leur entreprise dans des conditions décentes (la question de l’abandon de poste restant à discuter) de toucher une partie de leur ancien salaire pendant des mois aux frais de la société.
Comme vous le savez, nous ne sommes pas ici pour juger. Sur Les Feignasses, nous sommes ici pour en profiter.

Le niveau de vie s’en trouvera fatalement atteint, notamment si vous avez choisi l’option de conserver votre logement. Avec quelques astuces de type “manger des pâtes” et “ne s’acheter qu’un seul jeu vidéo par mois”, on peut cependant s’en sortir sans trop avoir à rogner sur son budget sortie.

Pour tout le reste, c’est que du bonheur. La simple idée de toucher 80% de son salaire en ne mettant pas de réveil et en faisant la sieste après manger, avant de s’accorder une après-midi plage, lecture, cinéma, séries ou jeu vidéo est hallucinante de bonheur. Les premières semaines de ce régime sont extatiques. Les suivantes restent largement à la hauteur.

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Si vous fréquentez des gens trop à droite dont le discours dérive un peu trop vers le “Parasite ! Tu es à la honte de ta génération, mort aux assistés.”, n’hésitez pas à les supprimer discrètement de Facebook et de votre répertoire. Ils n’ont pas compris votre démarche et n’en valent vraisemblablement pas la peine de toute façon.

Vive la République, et vive la France.

Nota : si vous n’êtes pas en France, Saint Lâche soit avec vous. Si vous êtes expat, revenez vite. Si vous êtes francophone belge, canadien ou je ne sais quoi encore : déso, pas déso.

Le bienheureux saint lache - patron des feignants

Crédits Images d’art

La retombée en adolescence

Aah ! Vous vous souvenez ? Quand vous étiez ado ? Glander avec les copains lycéens en fumant des pétards devant un film à la con et en refaisant le monde ? N’avoir aucune responsabilité et s’en foutre de tout ? Vivre sans horaire et sans conséquence ? Avoir l’emploi du temps d’un poulpe hémiplégique ?

Trouvez-vous des copains chômeurs et cette vie là ne sera plus un lointain souvenir !
La différence ? Personne pour vous obliger à porter une blouse dégueulasse en physique-chimie, de vous donner des colles pour excès de retards ou de vous juger sur votre dissert’ de français sur L’Étranger de Camus. Quant à la quantité d’argent de poche, n’en parlons pas, c’est du simple au décuple.

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Moi-même, parisien d’adoption de retour chez mes provinciaux de parents, je me suis offert… un scooter ! Quel plaisir de ratisser les routes en toute indépendance avec pour tout bagage un sac à dos contenant un pack de bières et une brosse à dents.

Le temps

Imaginez : tout le temps que vous consacriez à votre travail, vous pouvez désormais le consacrer à… ce que vous voulez !
Vous voulez apprendre un instrument de musique ? Vous avez le temps !
Des cours de cuisine ? Vous avez le temps !
L’intégrale de Gilles Deleuze ? Vous avez le temps !
Être bénévole sur un chantier éco-responsable de la région ? Vous avez le temps !
Vous auto-former à ce logiciel dont vous savez qu’il vous sera utile ? Vous avez le temps !

En vrai, regardons la réalité en face : vous allez jouer à des jeux vidéo, rattraper les saisons de retard que vous avez sur Breaking Bad ou Game of Thrones (voir éventuellement vous mettre à d’obscures séries qu’on vous avait vaguement conseillées, mais bon, vous n’avez rien de mieux à faire), lire une paire de livres si vous en avez le courage, vous alcooliser avec les potes, et beaucoup dormir.

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Se sortir de cette spirale infernale risque d’être dur rien que pour se motiver à faire quelque chose de plus constructif, alors quand vous aurez retrouvé un taf, n’en parlons pas.

Bilan

Il est mitigé.

Je vous laisse écouter ce très beau morceau pour nous dire au revoir.

Complément : vous connaissez peut-être l’adage “Si une femme peut faire un bébé en 9 mois, 9 femmes ne peuvent pas faire un bébé en un mois.”, destiné aux responsables d’équipe dont les méthodes de management sont parfois douteuses.
Le contre-théorème s’applique aux chômeurs. En effet, “Si un chômeur peut glander 9 mois sans trouver de travail, il est tout à fait possible que 9 chômeurs puissent glander pendant un mois sans trouver de travail.”