L’abandon de poste, est-ce vraiment une faute grave ?

L’abandon de poste, est-ce vraiment une faute grave ?

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Abandon de son poste de travail discrètement

L’abandon de poste est la solution vers laquelle se tournent des salariés qui souhaitent quitter leur emploi tout en s’assurant de toucher les allocations chômage. Évitant ainsi de devoir mendier devant la FNAC dans un pyjama souillé avec une 8.6 à la main ou de finir en poundé à faire cuire des marrons sur un caddie customisé en réchaud… Choix judicieux en effet. Mais est-ce vraiment sans risques ? Nous tentons d’y répondre pour vous.

Vendeur pakistanais (poundé) de marrons grillés à Paris

Tout d’abord, l’abandon de poste désigne sur le papier « une situation d’absence prolongée non autorisée par l’employeur et non justifiée par un motif légitime du salarié à son poste de travail ». En gros, une pause café de 30 min ça passe, une pause café de deux semaines, ça commencera à se voir… Surtout si vous pesez plus de 200 kg.

Plusieurs raisons peuvent vous motiver à quitter votre boulot : le stress et la surcharge de travail au quotidien, les conneries vociférées par votre N+1 après ses « déj’ d’équipe » trop arrosés, ou encore les violentes disputes avec vos collègues sur la couleur du papier de l’imprimante. Ou même pourquoi pas de nouveaux projets professionnels… (blague). Mais soyons honnêtes 5 min, votre première motivation sera évidemment de rester avachi sur votre canapé à regarder la télé et être payé pour ça. Comment ? Grâce aux allocations chômage !

Jeremy Renier heureux de toucher le chomage

Et oui, en abandonnant votre emploi il vous viendra naturellement à l’esprit cette question : « j’ai droit à quoi ? ». Et bien à ça. À cette aide que ponctionne l’État aux gens qui travaillent pour que vous puissiez glander et sentir le renfermé.

Tout ça à l’air bien beau, mais concrètement est-ce vraiment sans risques ?

Hélas non. Dans un premier temps votre salaire sera suspendu. Votre employeur vous enverra une lettre recommandée avec AR vous sommant de regagner votre poste de travail. Ce que vous ne ferez pas. Vous serez donc licenciés pour faute grave ! Qui dit faute grave, dit pas d’allocations de licenciement ni d’indemnités de préavis… Mais rassurez-vous. Pôle Emploi ne fait pas de distinction dans les motifs de licenciement, vous toucherez donc vos allocations chômage !

Sauf si bien sûr, vous tombez sur un conseiller zélé qui se fera un malin plaisir à passer votre dossier en commission paritaire. Et l’employeur peut même aller jusqu’à engager un contentieux et vous réclamer des dommages et intérêts si votre absence à causer un vrai préjudice à son entreprise. Autant vous dire, que vous êtes dans une merde tellement noire que vous serez interdit de plats épicés par votre gastro-entérologue pendant plusieurs mois.

Je quitte mon boulot en sautant par la fenêtre

Sachez qu’après votre période de chômage à se la couler douce devant l’intégrale de Stargate SG1, il vous sera très difficile de retrouver du travail. Sérieusement, qui voudrait d’un déserteur dans son équipe ? À l’époque, ceux qui abandonnaient leur poste finissaient avec la corde au cou ou en slip devant un peloton d’exécution de tirailleurs sénégalais. On réfléchissait à deux fois avant de déserter. Clairement, les gens se pissaient dessus. Maintenant on se pisse dessus, non plus par peur mais par flemme, pour gagner du temps, pour ne pas arrêter une partie en cours.

La feignantise, n’est-elle pas la désertion de tout ce qui est travailleur ? Laurent Fabius, 2013

Aujourd’hui plus personne ne craint les sanctions, puisqu’il n’y en a plus. Vous n’avez qu’à allumer votre TV et mettre Public Sénat pour le constater. À l’Assemblée buissonnière, l’abandon de poste est une obligation contractuelle. Et c’est la même chose dans d’autres corps de métier ; dans les Services Publiques, à l’Éducation Nationale, sans compter les autres avantages et j’en passe … Peut-être un(e) bon(ne) plan(que) de carrière pour vous finalement.

Hémicycle de l'Assemblée Nationale à moitié vide
Photo d’une salle de sieste géante aménagée pour personnes âgées

Lâcher son taf ça se réfléchit un minimum. Soyez au fait de toutes les subtilités du code du travail français. Habituez les gens à de petites absences régulières et allez crescendo. Faites vous discret. Si vous changez d’avis, regagnez votre poste en pas chassés, mais faites profil bas. Vous serez peut être mis au placard mais, au moins, toujours payés. L’abandon de poste n’est pas une solution sans risques pour arrêter de travailler tout en profitant du système. D’autres méthodes moins radicales existent pour esquiver du temps de travail.

Finalement, si on en revient à la question initiale : est-ce que l’abandon de poste est une faute grave ? Sur le papier, oui. Mais la faute ne serait-elle pas de ne pas avoir su profiter des allocations chômage plus tôt ?

Bonus « l’œil de l’expert » : Jérémy nous livre tous les détails sur l’abandon de poste dans cette vidéo.